Le récit


Ayant réalisé que dans peu de mois, arrêtant de travailler, il me serait également difficile de voyager, j'ai décidé de faire le voyage le plus lointain dont j'ai osé rêvé : Vancouver. Une amie de lycée, installée là-bas depuis 30 ans, m'y invite régulièrement : cette fois, j'accepte.

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Donc, ce lundi 23 septembre 2002, c'est le grand jour. Je vais enfin *partir*. Cela fait bien longtemps que je n'ai pas quitté la France, changé radicalement d'air, et j'en rêve. :-))) Habitant près d'Orly, mais prenant l'avion à CDG, je décide de me rendre d'abord en bus à Orly où j'échange le bus contre le car Air France pour Roissy : direct, nettement plus confortable que le bus (place assise garantie) et bien moins cher qu'un taxi. Le sac dans la soute, les yeux collés à la route "ce long ruban qui défile, qui défile", je me sens *vraiment* en vacances. Je regarde le paysage qui s'offre à moi en touriste. Les vacances c'est d'abord un état d'esprit ! :-)

Arrivée à Roissy, je vais d'abord changer quelques euros contre des dollars canadiens. Bonne surprise, le change est à notre avantage (1 euro vaut 1,50 CAN$. Tant mieux ! car les transports intérieurs (cars, bus, métro, ferries) sont relativement chers. Et vu la taille et les distances de la "beautiful British Columbia" (région plus grande que la France, mais peuplée seulement d'environ 3 millions d'habitants — dont la moitié vivent dans la ville de Vancouver), on les utilise constamment ces transports en commun.

Puis j'enregistre mon bagage : un sac de voyage, et les mains quasi libres (à part le sac contenant deux bouteilles d'un vin que l'amie française chez qui je vais n'a pas goûté depuis longtemps... et que je garde précieusement avec moi), je parcours les couloirs de verre et de béton, passe la police et me retrouve dans la salle d'embarquement du premier vol, celui qui me conduira à Londres, puisqu'il n'y a pas de vol direct Paris-Vancouver : le plus proche de Paris serait Toronto, et ça fait encore plusieurs jours de voyage intérieur par le train pour se rendre à Vancouver. Donc, on passe par Londres, d'autant plus que la Compagnie B.A. fait des tarifs très intéressants (652 euros AR) pour faire presque 9000 km... c'est donné (enfin... presque). ;-)

Bonne surprise que ce premier avion de la BA (un airbus). Sur ce segment court (1 h de vol) fauteuil super confortable (du vrai cuir dirait-on) avec appuie-tête réglable, moi qui me casse toujours le cou (un peu trop long, certes, mais faut faire avec) je peux vraiment appuyer la tête sur le dossier. Un peu plus je refuserai de descendre de l'avion !

Mais bon, je vais à Vancouver, faire coucou aux baleines, ne l'oublions pas quand même ! Je ne vais pas rester sur un "apron" (aire de stationnement de l'avion) d'aéroport à jouer les petites filles gâtées ! Allez, je m'arrache et je me dépêche vers mon vol de correspondance (le temps de transit est assez court et il ne faut pas en perdre si je ne veux pas rater l'avion).

Bien sûr ;->, je commence par me retrouver dans une salle totalement perdue et vide (il y a des travaux à Heathrow) et perds bien 5 minutes avant de trouver la bonne salle où l'on embarque déjà : pas le temps de faire du lèche-vitrine dans les duty-free !

Et l'on attaque le second segment du voyage. L'avion est un Boeing 747. Grand... et plein. Ma place est au fond de l'avion. Les rangées ont dix sièges ; 3 à droite, autant à gauche, et 4 au milieu. Je suis dans la rangée 44, dans les sièges situés à gauche quand on va vers le fond de l'avion (je le précise pour ceux qui un jour voudraient faire un pèlerinage sur les lieux de mon voyage ;->>) et ma place est au milieu du bloc de 3 sièges, coincée entre 2 messieurs charmants et anglophones. Celui de gauche a vécu enfant à Dijon. Malheureusement, sa voix faible est couverte par le bruit du moteur très proche. Il a environ 70 ans et est arrivé en fauteuil roulant... Donc, je vais éviter de le déranger pendant ces neuf heures de voyage sauf quand il sera impossible de faire autrement... Celui de droite a pris ses précautions : lecteur de CD et écouteurs. Il faut dire que là, on est loin du confort et tout proche de la mise en boîte... de sardines.

Manger est une épreuve, car les sièges sont si rapprochés que si l'on bouge un tant soit peu son coude, c'est le plat du voisin qui risque de décoller (et sans plan de vol) ! et ce n'est pas exagéré. J'ai eu tout le mal du monde et dû faire beaucoup de contorsions pour récupérer un petit plat tombé. C'est sans doute aussi pour cela que les plateaux ne sont pas tous donnés en même temps aux gens "mitoyens" (!) À un moment (de colère), je me dis même qu'au retour je ne me ferai pas avoir : je prendrai un somnifère et dormirai tout du long, comme ça, pas d'épreuve du repas. Non mais ! Par contre, point positif, les écrans. À chaque siège est attaché un petit écran de 12/13 pouces, situé sur le dossier du fauteuil de devant. On y a accès (quand l'avion a décollé) à 12 chaînes plus une sorte de 13ème — écran qui donne notre position sur la carte du monde et qui nous permet de savoir continuellement où nous sommes en donnant les renseignements suivants : vitesse, altitude, température extérieure, vitesse et direction du vent — arrière ou face (en gros : il nous pousse ou il nous ralentit ?), l'heure à notre point de départ ainsi qu'à notre lieu d'arrivée et le temps réel de vol restant. Ça n'a peut-être l'air de rien, mais passer neuf heures enfermé(e)s dans ce type de boîte, quand on a tendance à la claustrophobie, c'est duuuuur, alors que pouvoir se situer à tout moment sur la carte du monde ouvre une fenêtre "virtuelle" sur le monde extérieur, et ça change tout.

Sur les chaînes sont diffusés des films très récents (voir non encore sortis en salle chez nous), des infos, du sport. Et il y a aussi une chaîne découverte. C'est comme ça que j'ai pu voir un peu de "Spiderman", et "About a boy" ("Pour un garçon") en entier. Le temps s'étire, je n'ai pas vraiment envie de dormir et je vais souvent voir où en est le kilométrage restant. Au départ de Londres, cela fait plus de 7 500 km. La carte est toute petite et j'ai l'impression que l'avion fait du sur place. Et pourtant..., il vole souvent à 950 km/h ! Et l'on passe au-dessus de Reykjavik (Islande) : je pense aux geysers et aux glaciers, j'aimerais bien aller là aussi un jour (NB : cet autre rêve se réalisera en juin 2004). Puis la terre de Baffin après avoir contourné le Groenland : coucou les pingouins, les ours, les phoques !

Enfin, le temps de vol et le nombre de kilomètres restant tombent à zéro. Il est 18 h. Comme souvent dans ce sens-là, l'avion, poussé par les vents, est en avance. Et c'est le choc (mental) de l'arrivée. La chaîne de montagnes côtières issue des Rocheuses, qui délimite la ville à l'est et le Pacifique à l'ouest, sous le soleil, c'est vraiment magnifique. Moins heureuse, l'image des gratte-ciels, qui se dressent tout autour de la ville, mais le sentiment de la beauté et de la force de la nature l'emporte quand même. L'arrivée dans l'aéroport conforte cette impression de présence forte de la nature, car dans cet édifice moderne l'on voit beaucoup de bois, de pierre et de verre. Deux statues imposantes (d'environ 5 m de haut) face à un grand calendrier amérindien en bois accueillent le voyageur. Puis ce sont les formalités de police. Déjà, on sent la forte présence asiatique dans cette population.

Sur le convoyeur de bagages à l'arrivée, je récupère mon sac de voyage, mes amis m'attendent et m'emmènent dans leur maison dans une banlieue au nom à forte résonance indienne : Coquitlam.

Là, le dépaysement commence. L'amie (française) qui m'héberge a épousé un Sud-Américain d'origine italienne... Le fameux "melting pot" américain est bien représenté dans cette famille installée au Canada depuis 30 ans ! Elle s'adresse donc souvent en espagnol à son mari qui lui répond aléatoirement en français, espagnol ou anglais... Suivre la conversation est une sorte de sport ! J'ai l'impression de faire un stage multilingue intensif !! Nous avons fait connaissance lorsque nous préparions un BTS de secrétariat trilingue et elle, elle continue de pratiquer tous les jours 3 langues (même si sa première langue de départ, l'allemand s'est transformé en espagnol !! Ach l'amour, touchours l'amour !).

En chemin, on me fait admirer le "sky train" métro aérien construit par une société Québecoise et qui fait furieusement penser à l'OrlyVal de Matra. Des wagons sans conducteur, peut-être un peu plus larges et confortables. Cela permet de relier rapidement des quartiers éloignés, mais le réseau n'a rien à voir avec celui du métro parisien. Pas plus de 31 stations pour l'instant sur deux lignes. Mais presque tout est aérien et, vu le paysage autour, je pressens des moments bien agréables. Nous longeons des lacs, le fleuve Fraser, et souvent nous rencontrons des "inlets", sorte de bras de mer... Du Pacifique ! Je suis au bord du Pacifique et ai du mal à le concevoir tant cela m'a paru rapide. À ma montre, il était 16 h 30 quand j'ai quitté Londres et il est 18 h 30 quand nous arrivons chez mes amis. Le vol paraît une parenthèse hors du temps, mais la courte nuit précédant le départ et la fatigue du voyage commencent à se faire un peu sentir. Il fait très beau et doux. Je me sens vraiment dépaysée.

La maison est très agréable : beaucoup de bois (comme la plupart des maisons du coin), et a été construite en grande partie par le mari de mon amie). J'hérite de la chambre de la fille qui a pris son indépendance et un appart' pas très loin de chez ses parents, et rencontre le fils de 18 ans qui est encore à l'université et va être mon FAI (entendez que c'est lui qui ouvrira la connexion internet pour moi) sur un performa (ordinateur Mac) sous 0s 9.2 pas trop dépaysant sauf pour le clavier QWERTY, qui va doubler voir tripler mon temps d'écriture et comme mes amis n'ont également qu'une ligne téléphonique, je vais être raisonnable. Et c'est là que je vois aussi pour la première fois, un Classic ("vieil" ordinateur Mac Intosh pour les béotiens... dont je faisais partie il n'y a pas si longtemps (avec sa fente pour disquette juste au dessous de l'écran, pas très grand : 9 pouces). La première nuit est bizarre, je me réveille sans savoir où je suis avec l'impression physique qu'une partie de moi est restée en France. Je ne me lève pas de bonne heure et le fils de la maison m'accompagne jusqu'à une station de sky train, après m'avoir indiqué les arrêts de bus pour revenir et comment acheter les tickets (nombre de zones, etc.). En passant, je suis bien contente d'avoir emporté mon porte-monnaie Euro. Vidé de sa monnaie habituelle, il m'est bien utile pour reconnaître les cents de dollars canadiens.

Mon but, cette première journée : aller au bureau d'information touristique pour éventuellement réserver un tour de "whalewatching" (surveillance, guet des baleines) et voir ce que je peux faire d'autre. Je comprends vite que mon ambition de visiter le Jasper National Park est sans doute vouée à l'échec, car cette province, si elle ne comprend pas plus de 3,5 millions d'habitants, est plus grande que la France ! La ville de Vancouver compte à elle seule environ 1,5 million d'habitants (environ 40 % de la population totale) dans peu d'espace (de par sa position un peu "squeezée" entre montagne — chaîne côtière — et océan), et tous les autres sont disséminés dans des villes et des villages, ce qui veut dire qu'il y a d'immenses espaces vides d'habitants humains. Comme on arrive en fin de saison, il n'y a plus beaucoup d'agences qui organisent ces tours et le bureau du tourisme ne fait plus de réservation pour ce que je recherche. Il va falloir que je me débrouille seule. Pour l'instant, je visite les abords du port de plaisance (en chantonnant en moi-même "Dans le port de Vancouver" de Véronique Sanson) et, profitant du beau temps et des vacances, je me remplis les poumons d'air marin près de la Place du Canada où se trouve le bureau d'information touristique.

Donc, je suis à Vancouver avec une idée fixe : aller observer les baleines. N'ayant pas réussi à retenir depuis la France via Internet, je cherche désespérément depuis le bureau de l'info tourisme d'abord puis de n'importe où. Nous sommes quasiment à la fin de la saison et les possibilités s'amenuisent... Aussi, quand le mercredi nous visitons avec mon amie (qui a pris sa journée de repos pour être avec moi) le quartier "Grandville Island", et que dès le début de notre visite nous apercevons l'agence de tourisme "bigadventures" proposant en affiche du "whalewatching" hop ! on entre et je retiens ma place pour le vendredi suivant ! ouuuuuuffff, je commençai à désespérer !

C'est ainsi que ce mercredi 25 septembre, rendez-vous est pris pour le vendredi suivant à 8 h 30 pour aller faire du "whale watching" (littéralement : veiller, surveiller les baleines). Hé hé, elles n'ont qu'à bien se tenir, j'arrive mes chéries !

Je suis prévenue qu'il faudra emporter :
— des lunettes de soleil,
— une crème de protection,
— une casquette,
— et que sera fournie une superbe tenue de survie rouge.

Un minibus passera en face du centre d'information touristique de Vancouver pour nous amener au petit port de Stevenson d'où nous prendrons le Zodiac pour partir "à la chasse à la baleine !"

Le jeudi : repérage. Je retourne au centre d'information touristique en utilisant le "sky train" et en repérant le chemin le plus court pour me rendre au centre. Je fais bien, car il y a des travaux dans les rues autour et par moment, c'est tout sauf évident de s'y retrouver. Mais je finis par repérer un chemin qui ne passe que par le sous-sol (pas la zone, hein, un sous-sol respectable) qui se termine dans un centre commercial et sur une cafeteria à 10 m du lieu de rendez-vous. J'aperçois d'ailleurs une longue file de bus qui arrivent, attendent, repartent. Bref, de toute évidence c'est un lieu de rendez-vous pour plein d'endroits : les Rocheuses, les parcs nationaux, les départs pour l'île de Vancouver. Le plus difficile sera de retrouver le "bon" bus dans la file.

Donc, le fameux vendredi, anxieuse d'arriver à l'heure, je me lève à 6 h du matin et pars à 6 h 30 de Coquitlam (sans déjeuner : je préfère arriver en avance et déjeuner à la cafeteria à côté du centre). Je fais bien : c'est un jour de fête ou d'inauguration et il y a des blocages de ligne. Des stations où l'on ne s'arrête pas... Bref si j'étais partie "juste à l'heure" pour un trajet estimé... Je ne serais jamais arrivée à l'heure au rendez-vous.

Un peu en avance, mais pas beaucoup, je me contente d'un café. Si j'ai faim plus tard, il y a une pomme et une banane placées par mon amie dans un petit sac à dos qu'elle m'a prêté pour la circonstance (conseillé par l'agence qui loue les places pour faire le whale watching). Ce sac sera placé à l'intérieur du banc du Zodiac sur lequel on s'assoit. Ça permettra de garder quelques affaires au sec (sic).

Donc, le café bu, avec une dizaine de minutes d'avance, je me place sur le bord du trottoir (ah non, pas de fines allusions, hein...) et attends le minibus. En passant, je regarde si, parmi ceux qui sont déjà stationnés là, il n'y a pas le mien. Mais non. Les minutes passent, il est l'heure. Toujours rien.

Un groupe de femmes (3 ça fait un petit groupe) me rejoint après m'avoir demandé si j'attends pour le whale watching. Je dis oui. D'autres personnes nous rejoignent. Nous sommes maintenant 8 ou 9 personnes à attendre. Toujours rien. Finalement, une des personnes du premier groupe se dévoue pour téléphoner à l'agence. Bien sûr avec la recommandation (que je vous traduis) : si le bus arrive, vous lui dites bien de m'attendre ? Mais oui, bien sûr !

Elle revient mi-figue, mi-raisin : pour cause de météo le rendez-vous a été reporté de 2 heures... Ici il fait un temps superbe (voir photo prise en attendant) avec une brume de beau temps même. Mais dans le Pacifique (où se promènent les baleines à qui nous voulons faire coucou), il paraît que ça bouge très fort. Il faudra rappeler pour savoir si c'est maintenu, reporté ou... annulé. Ah ! le suspense...

Puisque c'est comme ça... M'en vais petit déjeuner correctement quand même (j'aurais largement le temps de digérer avant le départ du bateau). Donc grande tasse de thé, délicieux muffins aux bleuets (que je ne connaissais pas en France, mais qu'une amie alsacienne m'a dit, elle, bien connaître.) Ça ressemble à des myrtilles en beaucoup plus gros et un peu moins acides. Puis promenade autour du port de plaisance de Vancouver. Le va-et-vient des hélicoptères et des hydravions, les alentours de la Place du Canada, la très jolie fontaine en forme de fleur de pissenlit qui arrose à tout vent, font vite passer le temps.

L'heure du nouveau rendez-vous approchant, je téléphone prudemment pour m'enquérir du devenir de notre petite expédition. Ouuuuuff ! c'est bon. Le minicar est en route. Soulagée quand même. Être venue d'aussi loin pour voir un projet qui tient à cœur tomber à l'eau, fût-ce l'eau du Pacifique, ça contrarie un chouya quand même. Mais il semble que mesdames les baleines aient cessé de faire leur lessive et d'agiter l'eau de toute la force de leurs nageoires.

Le minicar arrive. Le chauffeur est la jeune femme de l'agence qui m'a loué les places. Quelques arrêts supplémentaires, et l'effectif est au complet. Les participants viennent d'un peu partout, du Canada, bien sûr, mais aussi de Suisse alémanique, de France, d'Italie, des USA. Nous arrivons enfin (il est presque midi dans le petit port et allons d'abord dans l'agence qui organise tout. D'une part, pour régler la promenade (rien n'a été payé pour l'instant, sans doute pour ne pas avoir à rembourser quoi que ce soit en cas d'annulation), d'autre part, si on a choisi la solution "risquée" c'est-à-dire le Zodiac, pour être équipé d'une superbe combinaison rouge pompier de survie. À vrai dire, je me demande comment on peut survivre si on tombe à l'eau avec ça, tellement c'est lourd, mais là je chipote !

Enfin, nous levons le camp pour aller vers le petit port : ayé ! on va aller sur l'eau ! l'âge mental de certains membres est en train de régresser rapidement au niveau fœtal à l'approche des eaux au fur et à mesure que l'excitation, elle, augmente ! Bon, faut quand même être un tout petit peu sportif pour monter dans le "p'tit bateau qui va sur l'eau" qui n'a pas de jambes, mais des rebords épais à enjamber tout ça en bougeant, gentiment certes, mais suffisamment pour se sentir en déséquilibre. Et un p'tit coup d'adrénaline !

Le Zodiac se remplit petit à petit. Au complet, nous sommes 12 passagers, un pilote et une biologiste (qui accompagne, commente — malheureusement, uniquement en anglais— ce qui, si l’on rajoute le bruit omniprésent du moteur, du vent et des vagues, réduit beaucoup la compréhension) on se croirait dans un film "Cousteau" vécu de l'intérieur ! Avec régulièrement une liaison radio qui nous guide. En fait, on part vraiment à l'aventure. Un réseau de guetteurs signale au pilote et à la biologiste l'emplacement où ont été vues le plus récemment des orques et des baleines grises. Il fait très beau. Il n'y a pas dix minutes que nous sommes partis, que je comprends pourquoi l'hôtesse de l'agence a insisté pour les lunettes de soleil. J'ai pris celles prêtées par mon amie en me disant que n'en portant jamais, je n’en aurais sûrement pas besoin.

Mes yeux sont endurcis... Ben, tiens ! Un début de conjonctivite plus loin, je me dépêche de mettre les verres anti UV sur mes verres de vue : pas terrible. Ma vision s'en trouve quelque peu rétrécie, surtout quand des paquets d'eau de mer viennent se coller sur les verres. Donc, pendant toute cette expédition je vais jongler : mettre, enlever, mettre, enlever ces lunettes. Si un jour je devais retenter l'expérience, je crois que je choisirai des verres de vue qui font lunettes de soleil (qui se colorent) car arriver, dans ces conditions, à faire du réglage photo devient très aléatoire.

Ah ! la photo. Tiens justement ! parlons-en. Après avoir pris des photos de mers et de bords d'îles aperçus depuis le Zodiac, je n'ai qu'une envie c'est apercevoir (et capturer !) de grands corps jaillissant de l'eau dans un éclaboussement et retombant gracieusement pour sonder, puis revenant. Donc, le plus souvent possible, je garde l'œil collé sur le viseur. Des fois que... La veille, mon condenseur d'énergie commençant à montrer des signes de faiblesse, je l'ai rechargé avec un transfo acheté sur place, car le voltage et la fréquence du courant canadien sont très différents du nôtre. La recharge s'est arrêtée toute seule. Ça m'a bien semblé un peu rapide, mais bon. Peut-être que c'était moins vide que je ne le pensais...

Après 3 h 30 de voyage, nous arrivons sur le lieu où nous devons apercevoir un groupe d'orques dont certain(e)s ont même reçu des prénoms. Ce n'est pas les grands jeux dans l'eau, mais on peut quand même apercevoir par moment un bon morceau du dos et de l'aile (non ! ça ne se mange pas, non, mais, bande de gourmands !) Après avoir pris deux malheureux ailerons (orque aperçue trop tard et n'a pas voulu poser pfff, pas coopérative, je trouve), je commence une stratégie pour repérer les souffles (les moteurs étant arrêtés, un grand silence règne sur la zone) qui s'entendent très bien et précèdent de peu l'apparition des cétacés... Ah oui ? Et voilà t'y pas que l'appareil photo se met en grève... Ah nooooon ! Pas ici !!! ben si !
Je lutte contre une envie folle de jeter par-dessus bord l'appareil imbécile et inutile. Ce mini cyclope ne saura jamais comme il est passé près de fixer le fond du Pacifique de son œil unique et aveugle... Mais je ne vais pas me laisser gâcher le plaisir par la technique moderne. Contrariété ok mais moins importante que le bonheur d'être là. Avec des souffles qui viennent à 2 ou 3 mètres seulement du Zodiac. C'est vraiment magique.

Nous restons là une demi-heure puis ces dames lèvent le camp et nous aussi. D'autres orques sont signalées plus loin ainsi qu'une baleine grise. On repart ! sur le chemin, nous croisons des marsouins qui ressemblent un peu aux orques, mêmes taches, mais beaucoup plus petits qui nous font des tours d'équilibriste, on saute à un, puis deux, puis trois ! on rencontre également des phoques et beaucoup de cormorans : signe apparemment qu'il doit se passer quelque chose en dessous qui peut les attirer... Mais au rendez-vous suivant : pas de baleine grise, elle n'a pas fait de halte pour nous attendre ; quelques orques encore se manifestent. Et puis là, il faut rentrer : 5 heures déjà que nous tournons sur cet océan. Il commence à faire frais. Il va falloir foncer pour rentrer avant la nuit. Le pilote s'en donne à coeur joie. On se croirait sur des balançoires. Et, régulièrement, on décolle du banc, cela devient un jeu. Et hop ! De vrais gamins, je vous dis !

Vers 18 h 30, nous arrivons, rendons la combinaison rouge, faisons quelques achats pour aider aussi à la connaissance et à la protection des animaux marins de cette zone (un dauphin et une famille — mère et fils/fille — béluga en peluche vont ainsi être adoptés). Contente d'avoir bien déjeuné ce matin, car en fait dans le bateau nous n'avons pas eu le temps de manger (à cause des 2 heures de retard du départ). Du coup au retour à Vancouver, à la cafeteria où j'ai petit déjeuné ce matin j'avale une salade et un sandwich avant de retourner à Coquitlam où j'arriverai à 21 h 00, fourbue, mais vraiment heureuse. Et j'encourage vivement mes hôtes, qui n'ont pas encore tenté cette aventure, à le faire. Je leur montre sur l'écran les quelques photos prises... L'appareil marche ce @#!X... En fait, le problème semblait dû à la prise de l'appareil, qui avait bougé sur le transfo : trop en équilibre. Il n'y a plus eu d'autres pannes de ce type après.... @#!X d'appareil !

Et cette nuit-là, j'ai excellemment dormi :-))) même pas besoin de jouer à saute-marsouin pour ça. ;-)

Bisous les baleines, dormez bien aussi !



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Mon voyage n'est pas achevé mais mon rêve, lui, est réalisé.

La suite du voyage s'est passée à voyager autour de Vancouver, montagne, lac, pays indien, qui mériteraient, à eux seuls, un séjour d'au moins 2 semaines, jusque dans l'île. Pas la capitale, j'ai fait l'impasse dessus, préférant le côté nature de Nanaimo et Tofino au côté britannique de Victoria. Mais pas assez longtemps toutefois, pour bien tout appréhender. L'île est vaste et 3 jours m'ont tout juste permis d'y aller, la traverser et revenir, ce qui rien qu'en temps de transport en commun a déjà pris plus d'une journée et demie et je n'avais que trois jours à lui consacrer. Le mauvais temps sur cette partie du voyage m'a empêchée de voir les "beach" et notamment Long Beach. Si je peux y retourner un jour, ce sera avec bonheur que je reverrais cette partie qui fait encore vraiment rêver. Par ailleurs, si l'on peut s'offrir le voyage, il y a de nombreuses auberges de jeunesse, impeccables pour celles que j'ai vues, qui permettent de voyager à moindres frais (et la jeunesse n'est réclamée que de votre cœur... pas du passeport).


Quelques adresses pour mieux rêver avant de partir :
l'office de tourisme : http://www.tourismvancouver.com/cgi-bin/members_search.cgi
Pour rendre visite aux baleines : http://www.greatpacificadventures.com/main.htm
la météo : http://www.weatheroffice.ec.gc.ca/forecast/city_f.html?ywh
L'auberge de jeunesse à Tofino : http://www.tofinohostel.com/














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